Carnaval de Binche

C'est quoi ?

« Les groupes se croisent, les Gilles lancent leur ramon pour saluer
leurs connaissances. Aux quatre coins de la ville, les tambours résonnent,
les sabots frappent les pavés, les cloches tintent. »

Extrait de Un carnaval de Binche pas comme les autres. De S. Vander Meiren et M. Antoine

« Le carnaval de Binche est inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2003. En Europe, il demeure, à l’heure actuelle, un patrimoine vivant exceptionnel, un événement populaire, humain et social hors du commun. Cette manifestation folklorique complexe, issue d’une longue tradition orale, constitue un véritable rite qui donne le sentiment aux participants d’être uniques.

Le carnaval de Binche atteint son apogée lors des Jours gras qui sont précédés de six semaines de préparatifs pré-carnavalesques. Ces derniers consistent en six sorties dominicales de trois types différents: les répétitions de batterie où, dans un premier temps, les sociétés (c’est-à-dire les groupes des futurs gilles du Mardi gras) auditionnent leur batterie dans leur local respectif, au sein d’un café du centre-ville ; les soumonces en batterie (du terme « semondre» : annoncer, en vieux français) où, dès 17 heures, les sociétés sortent au rythme des tambours et grosses caisses dans le cœur de la cité ; et, enfin, les soumonces en musique, où un orchestre de cuivres vient se joindre aux batteries. Lors de ces dernières, les participants portent en général le costume du Dimanche gras de l’année précédente (un costume de fantaisie).

Affiche du carnaval © Ville de Binche
Affiche du carnaval © Ville de Binche

Le Dimanche gras, les hommes sortent costumés non pas en Gilles mais avec un déguisement de fantaisie tenu secret. Dès la fin de la matinée, le Lundi gras, les violes (orgues de barbarie) et les fanfares des «jeunesses » occupent le pavé ! En effet, ce ne sont plus des sociétés de futurs gilles qui envahissent le centre-ville, comme la veille, mais bien les familles et les Binchois : c’est un jour de relâche festif dédié à l’enfance. Batailles de confettis et rondeau en sont les moments-clés. Quant à elle, la journée du Mardi gras commence beaucoup plus tôt, car c’est avant l’aube que les Gilles s’habillent dans l’intimité de leur famille : c’est le bourrage. Moment fort où l’émotion est intense. Dès 4 heures du matin débute le ramassage : de maison en maison, et en batterie, les Gilles se constituent en petits groupes pour former plus tard dans la matinée une société complète. Ils portent un ramon en main. Chaque société sera, à tour de rôle, reçue par les autorités communales qui remettront publiquement des médailles pour les plus longues participations (25, 40, 50, 60 années voire plus). Pour se rendre à l’hôtel de ville, les Gilles se masquent. Avant de pénétrer dans l’édifice communal, ils forment un rondeau, signe de leur fraternité.

Après un repas de midi pris en famille et entre amis, les sociétés se regroupent pour défiler en direction de la Grand’ Place : c’est le cortège aux oranges. Accompagnés d’une batterie et de cuivres (il existe 26 airs de Gille), ils offrent leurs oranges, munis d’un panier d’osier et souvent coiffés de leur majestueux chapeau. Un rondeau clôture cette nouvelle étape. En soirée, un nouveau cortège parcourt l’artère principale. Vers 21 h 30, lors du rondeau constitué de toutes les sociétés mélangées, un feu d’artifice est tiré du parc communal pour célébrer la fin de la journée et le début d’une nouvelle année carnavalesque ! Jusqu’au petit matin – mais avant le lever du jour –, les Gilles, portés par le rythme lancinant des tambours, vont de café en café ; espérant que cette nuit ne finisse jamais. Ce Mardi gras, comme tant d’autres, leur aura donné une raison de plus d’exister. » (1)

DELIEGE, Christel. In : Masques d’Europe, patrimoines vivants, Binche, Musée international du Carnaval et du Masque, 2012.

C’est uniquement le Mardi gras à Binche qu’on peut avoir le plaisir de voir les Gilles, car il leur est interdit de se déplacer à l’extérieur. Le costume, uniquement réservé aux hommes, a subi de multiples modifications et ses origines sont mystérieuses.

Petit déjeuner des Gilles chez le louageur © Ooh ! Collective
Petit déjeuner des Gilles chez le louageur © Ooh ! Collective

« Le costume de Gille est constitué d’une blouse et d’un pantalon en toile de lin ornés de 150 motifs (étoiles, lions et couronnes) en feutrine noire, jaune et rouge. Lors de l’habillage du Gille, la blouse est « bourrée » de paille à l’avant et ornée d’un grelot. À la taille, il porte une ceinture de laine rouge et jaune, montée sur de la toile, appelée « apertintaille » et composée de clochettes de cuivre. Une collerette (ou pèlerine), constituée de rubans plissés, de dentelles ou de franges dorées s’attache autour du cou par-dessus les bosses.

Sur la tête, une « barrette » (bonnet de coton blanc) et un mouchoir de cou (carré de coton plié, placé sous le cou et noué sur la tête pour maintenir la barrette) viennent recouvrir l’ensemble des cheveux. Lors du cortège du Mardi gras après-midi, le Gille porte un majestueux chapeau de plumes d’autruche. Le Gille ne possède pas le costume ni le chapeau. Il les loue chez le louageur, lequel est spécialisé dans la confection et la location du chapeau et du costume. Aux pieds, le Gille porte des sabots de bois.

Le Mardi gras matin, le Gille porte son célèbre masque pour se rendre à l’Hôtel de Ville. Il est fait de toile recouverte de cire, décoré de lunettes vertes, d’une moustache, d’une petite barbiche et de favoris. [...] Le mardi matin et lors des soumonces en batterie, le Gille tient dans sa main un ramon. Jadis simple balai, le ramon est formé d’un faisceau de baguettes de saule séchées, assemblées par des ligaments en rotin. C’est avec le ramon ou avec le panier (tenu le Mardi gras après-midi) que le Gille rythme la cadence. »

Le Gille [en ligne]. Carnaval de Binche. Disponible sur :